Préface

La troisième édition de Colposcopie pratique rassemble les mêmes valeurs que les éditions précédentes : vérité du texte, clarté démonstrative de magnifiques diagrammes et splendeur iconographique dont font preuve, entre autres, d’admirables représentations de cancers débutants ou cachés.

La lecture de ce livre neuf m’incite toutefois à me remémorer les étapes successives de l’œuvre à laquelle René Cartier s’est entièrement consacré et que poursuit maintenant sa fille Isabelle.

Il y a près de quarante années en effet que, réfléchissant à l’indication, alors systématique, même chez les femmes enceintes, de la conisation en cas d’anomalies des frottis, je demandais à René Cartier d’envisager, grâce à la colposcopie, une liaison rationnelle entre la clinique, la cytologie et l’étude histologique aussi bien des biopsies que des pièces opératoires.

Ainsi fut élaborée la première Colposcopie pratique dont le considérable mérite fut d’établir la notion essentielle, bientôt devenue dogmatique, de la jonction des épithéliums cylindrique et pavimenteux du col, dont la vision est indispensable au choix de prélèvements localisés ou de conisation.

Dans la deuxième édition, René Cartier mit en évidence la nécessité de procéder à la colposcopie en climat oestrogénique avec col ouvert et glaire limpide. Il démontra que les biopsies faites à la pince sont souvent trop ponctuelles et superficielles, en raison de la fréquence de pénétrations glandulaires. Les prélèvements, parfaitement orientés, doivent comporter du tissu conjonctif. À cet effet, il recommanda la manœuvre d’une anse diathermique qu’il avait mise au point.

L’actuelle édition fait la revue, rassemblée en un saisissant tableau, des diverses classifications des dysplasies, depuis Hinselmann jusqu’à nos jours. Les auteurs se rallient à l’opinion que les dysplasies légères, moyennes ou graves ne représentent pas forcément les étapes successives d’une même lésion. Ils adoptent donc la dernière classification de Richart : C.I.N. de bas grade correspondant au C.I.N. I de la première classification et C.I.N. de haut grade regroupant les C.I.N. II et C.I.N. III. En revanche, ils conservent le terme de dysplasie à la place de « néoplasie », qui chez les francophones évoque trop fortement l’idée de cancer. La classification de Richart est influencée par la découverte du rôle étiologique des papillomavirus humains. René Cartier et Isabelle Cartier assurément en font mention, mais de façon succincte en laissant apparemment aux virologues le soin d’en décrire les nombreux types et leurs diverses influences.

La spéciale originalité de ce nouvel ouvrage réside dans la présentation et la recommandation d’un traitement localisé, ambulatoire, des dysplasies grâce à l’usage étendu à une action curative de l’anse diathermique à coupe coagulante, Les auteurs en décrivent les exigences formelles de sécurité : complète vision de la jonction et emplacement de celle-ci sur l’exocol ou à l’orifice externe. Ils en détaillent la technique sous anesthésie superficielle. Ils s’arrêtent avec force sur trois points particuliers : examen colposcopique du fragment retiré afin de vérifier que l’exérèse a partout dépassé les limites de la lésion, parfaite orientation topographique du fragment permettant son étude en coupes multiples, et colposcopie immédiate du lit du prélèvement, la reconnaissance du tissu conjonctif du col assurant que l’exérèse a bien été suffisamment profonde. René Cartier accorde une telle confiance à sa méthode qu’il lui arrive maintenant d’extirper d’emblée la lésion d’après sa seule topographie, en accordant du même coup étude histologique et traitement.

Les propositions prudentes et méditées de René Cartier, qui est un artiste de la colposcopie et de l’étude histologique des voies génitales féminines, sont fort séduisantes. Elles vont tout à fait dans le sens de la nouvelle chirurgie gynécologique qui s’efforce d’éviter mutilations et hospitalisation.

Ne peut-on redouter toutefois que des manœuvres moins expertes, insuffisantes ou au contraire excessives, ne nuisent à la bonne surveillance du col utérin ? Je ne le pense pas, à la condition que les adeptes du procédé, à la façon de ceux qui ont déjà publié des résultats à l’étranger, s’astreignent à en observer avec rigueur l’ordonnancement et les consignes de sécurité.

En conclusion, la très belle troisième édition de Colposcopie pratique constitue un document fondamental d’actualité, tout en offrant des perspectives nouvelles de traitement et de recherche.

René Musset,

Gynécologue Honoraire de l’Hôtel-Dieu de Paris. Professeur Agrégé Honoraire à la Faculté de Médecine de Paris.